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 et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur. (venom)

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MessageSujet: et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur. (venom)   Mar 3 Mai - 20:52


- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !


w/venom.



Satine frôle toujours ces couloirs avec discrétion. Son pas, léger comme une plume, résonne pourtant dans le désert des corridors étroits et pavés de marbre. Si elle craint pour sa vie, elle craint plus encore pour ceux qu'elle aime. Son arrivée au château n'a pas manqué d'être remarquée, à son grand désespoir. Jeune encore, si belle et si naïve, elle a du apprendre sur le pouce les règles courtisanes, les sentences proverbiales et le jeu mortel auquel s'amuse les souverains et les nobles. Entourée de vautours et de chimères, l'enfant qui sommeille en elle ne trouve nulle compensation à ses douleurs. Nulle amie sincère à qui se confier, nulle oreille attentive et bienveillante. Voilà ce qu'a été la première règle qu'une âme généreuse a su lui enseigner : les murs ont des oreilles, mais elles sont tout, absolument tout, exceptées bienveillantes. Sa jeunesse et sa candeur font peser sur elle une faux monstrueuse. Dès qu'elle sort de sa chambre, obligée de raser les murs et de laisser ses yeux guetter le moindre mouvement, ses sens se mettre en éveil et à l'affût. Elle devient chasseresse. L'ombre de la reine résonne comme la faucheuse à sa poursuite, et nul doute qu'elle tente par tous les moyens de l'assassiner, en secret. Sa relation privilégiée avec le roi ne sied guère à son épouse, et en tant que femme, elle est bien à même de le comprendre. Seulement, sa jeune tête mise à prix n'a jamais quémandé cette place. Mieux encore, elle l'aurait offerte volontiers à une catin du bordel voisin. Aujourd'hui, c'est ce titre de favorite qui l'étrangle aussi surement qu'une main forte et féroce de bourreau. Le roi, dans sa bonté, a fait d'elle un cadavre, un spectre à moitié vivant, encore pour quelques instants.
En somme, les préoccupations enfantines qui étaient les siennes quelques années auparavant semblent avoir déserté son esprit troublé. Elle marche dans les couloirs, admire la lune déjà haut dans le ciel, et soupire contre cette insomnie qui la tient aussi surement éveillée que le boucan d'un festin. La peur lui tiraille le ventre et les entrailles lorsqu'elle fait un pas dans cet enfer détestable. On l'a jeté dans la fosse aux lions sans même l'en avertir, sans arme et la peau frêle. A peine sortie de l'enfance, et déjà pourchassée. Elle se sent comme une biche aux aguets, là-bas, à l’orée de la violente forêt maudite, là où d'innombrables chiens la prennent en chasse. Quelle ironie du sort, alors que la grande Chasse vient d'être déclarée ouverte ! Quelle proie facile !

Satine regarde partout autour d'elle, mais elle ignore bien ce qu'elle cherche. Peut-être un regard rassurant, une once de sympathie, peut-être commet-elle la folie de quérir le frère du souverain, cet amour illégitime, cet amour sur lequel rôde une autre faux, plus dangereuse encore. D'un côté, il y a le poison, l'arme fatal de la reine, la main fine et leste de cette sorcière aux cheveux noirs. Et de l'autre, il y a le couperet mortel, la tête arrachée, le corps rendu à son état premier, primitif, inconscient. Par la sentence proclamée du souverain, s'il venait à apprendre... Apprendre quoi, d'ailleurs. Satine soupire à nouveau, et son souffle rauque éperdu révèle sa présence lorsqu'elle tente d'adoucir le bruit de ses pas. Cette solitude de la nuit désertique pèse sur elle autant que ses craintes qui lui labourent le cœur. Il n'y a rien ici pour elle. Rien d'autre que perte et désolation. Pourtant, l'amour d'Elijah et la tendresse de Barahir la maintiennent ici, les mains liés, sans compter sur sa mort certaine si elle venait à trahir son souverain. Rien, rien d'autre pour elle qu'une désolation sans fin, éternelle et silencieuse.
Son pas s'arrête immédiatement, son corps s'adosse contre le mur, ses yeux vacillent de droite à gauche, de la lune au marbre froid. Elle tâte la porte derrière elle, qu'elle sent sous ses doigts comme l'ultime secours à son malheur. L'insomnie lui fait perdre la tête, quand déjà elle se voit au sol, le sang coulant de ses lèvres rosées, les yeux clos pour l'éternité. Sa mort n'est certes pas une nécessité, et peu se soucient d'elle. Seule la reine, cette sorcière, complote en silence. Une chasseuse suffisamment aguerrie pour plonger Satine dans un tel état de panique. A peine a-t-elle le temps de distinguer le cheveux brun et le port altier de celui qu'elle reconnaît comme le pantin magicien d'Elenna qu'elle se réfugie derrière la porte, laissant sur son sillon le bruissement de ses jupes et le flottement d'un mouchoir de soie gravé par le roi à ses initiales. ST.  

_________________

du satin, dans tes mains

Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,
Éperonnant encor ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?

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MessageSujet: Re: et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur. (venom)   Mer 4 Mai - 4:29


sanom


par toi, je changerai l'or en fer et le paradis en enfer.


Le marbre est une drôle de matière. Il est froid, glacial même. Et pourtant il résonne de mille-et-un échos différents, presque chaleureux. Chaque pas, chaque talon qui le foule est un tambour de guerre, un souffle de vie. L’assurance d’une présence en ces lieux. Une présence qui se meut, bruyante et discrète pourtant. Mais malgré cela, malgré sa familiarité, malgré sa similitude avec son humble personne, Venom l’usurpateur ne s’est jamais habitué à son contact. Comme il ne s’est jamais tout à fait habitué aux dorures des tapisseries, à la soie des rideaux, à la douceur des draps ou à l’emblème brodé sur son vêtement. L’emblème choisit par une reine qui n’est pas la sienne. Une femme au dessin plus sombre encore que le sien, qu’il a su approcher, comme un vautour l’aurait fait, attiré par la chair pourrissante d’une créature aveuglée par le pouvoir. Une femme qui à ses yeux en vérité ne vaut rien. Bien moins du moins qu’une paysanne ou qu’une catin. Ces filles de joie qu’il a bien connu autrefois et qui avaient pour elles leur fierté, qu’on tentait de leur arracher, comme si bafouer leur honneur n’avait pas suffi. Pourtant, il s’inflige sa vision, se forçant à baiser sa bague et à l’appeler ma reine, de cette voix sifflante dont lui seul à le secret. Cette voix perfide et ce regard de vipère, un peu fou, qu’il a fait sien.

D’ailleurs, depuis qu’il a franchi les portes de cette enceinte, forteresse bouffée par les secrets, il a trouvé ses marques. Il en a appris les détours, les allées, les cellules. Chaque pièce est un noyau possiblement intéressant. Chaque murmure est exaltant. Comme d’autres serviteurs, il connaît les passages à l’abri des regards, ces dédales qui ne sont pas fréquentés par la noblesse. Ces escaliers étroits et ces portes dérobées qui peuvent vous conduire où vous le désirez. Il en connaît chaque recoin et pourtant, il ne manquerait pour rien au monde son rendez-vous nocturne avec le silence. Et si un valet ou deux peuvent l’apercevoir et alimenter les rumeurs qui circulent à son sujet, cela n’en sera que plus bénéfique encore. Il faut dire que le sorcier de la reine a quelque chose d’effrayant. Ses cheveux bruns et ses yeux presque noirs qui virent à l’orange dès qu’un rayon de lumière vient à leur rencontre renforcent cette impression dérangeante, que son visage fin et la courbure de sa silhouette lui donnent déjà naturellement. Son regard vif, enragé, vacillant sans arrêt, décryptant avec soin et attention les expressions du moindre interlocuteur en a déjà tourmenté plus d’un. Parce que Venom ne regarde pas. Il n’observe pas. Il viole, il met à nu, il déshabille jusqu’à la peau, jusqu’aux os. Qu’il est étrange pour lui d’apeurer les roturiers. Lui qui a été leur souffre-douleur durant tant d’années.

Il se déplace d’un pas lent. Il ne cherche pas à être particulière subtile, ni particulièrement silencieux. Il se sait doté de cette aisance naturelle lorsqu’il s’agit de s’effacer. Et dans ces couloirs sombres, déserts, son habit noir  n’est qu’une ombre supplémentaire l’enveloppant. Costume funeste et si ajusté qu’on pourrait penser à une seconde peau. Un déguisement. Seul le serpent enroulé autour de l’aigle, brodé sur son torse en fils d’argents, brille légèrement, à la lueur de la lune et des torches. Qui aurait cru que ses compétences et ses passions passés seraient aujourd’hui au cœur même de toute cette mascarade ? Il n’aurait pas parié sur ce destin, vingt ans plus tôt. Et le voilà aujourd’hui, loup solitaire dans une meute organisée. Rouage rouillé dans une horloge à la mécanique bien huilée. Poison versé dans la coupe d’un empire sur le déclin. Qui l’ignore encore, mais qui finir par tomber. Il s’arrête à une meurtrière et pose son regard sur la lune. Tout le château sommeille. Ils sont tous sans défense. Ils seraient tous à sa merci. Tous, vraiment ?

Il laisse ses oreilles traîner dans son sillage et tourne au détour d’un couloir quand un bruit lui parvient. Un soupire. Il s’approche, curieux, de cette source de vie. Le pas s’arrête, un froissement de robe, le grincement discret d’une porte qui s’entrouvre et le courant d’air que son mouvement provoque. Tout se passe si vite, loin, bien loin devant lui. Il la devine cependant, cette présence fuyante et terrorisée. Il rejoint la source de ce mouvement d’un pas rapide, aussi vif qu’excité. Le sang bouillonne dans ses veines, il bouillonne d’intérêt. Mais son regard se détourne bien vite de la porte close et vient se poser sur le petit carré blanc qui orne le sol. Il balaye le couloir d’un œil inquisiteur et se penche vers l’objet de son attention. Il le saisit délicatement entre ses doigts et le déplie dans la paume de sa main. ST y est brodé. Initiales délicates formées par un fil de qualité. Seule la royauté peut se permettre d’arborer de telles décorations. La royauté, mais pas seulement. Il plisse les yeux, cherchant dans sa mémoire. Le S est pareil à un serpent gracieux. Le T quant à lui fait davantage penser à un arbre majestueux. Quelle âme dans ce palais pourrait se cacher derrière cette identité ? Un Thoron, peut-être. Ou bien quelqu’un de précieux aux yeux de la couronne, mais qui n’a pas la chance de porter le nom de ces héritiers. Une seule personne alors apparaît à son esprit éveillé. Satine. Satine Telemnar. Favorite du roi Barahir. Rivale de la reine Elenna. Fille du peuple qui, tout comme lui, a eu ce que certains qualifieraient de chance et ce que d’autres, plus résonnés, appelleraient une prison dorée.

Il ne sait pas grand-chose d’elle en vérité. Elle est la maîtresse du roi et la source des ennuis de la reine. Elle est cette flamme qui consume le cœur d’un homme et qui attise la jalousie d’une femme. Une haine telle que Venom sait qu’un jour, on lui ordonnera de l’assassiner. Ils le savent tous les deux ; et c’est sans doute pour cela qu’elle n’a de cesse de le fuir. Jamais il n’a pu lui adresser la moindre parole. Jamais il n’a pu l’approcher. Elle glisse entre ses doigts comme le ferait de l’eau. Elle lui échappe, petite brebis, et le loup qui sommeille en lui enrage de cette chasse qui n’a pas de fin. Alors, il voit dans ce petit morceau de tissu une occasion qui ne se représentera pas. Il le glisse entre le pommeau de sa dague et son vêtement, soigneusement replié. Puis, sans attendre d’avantage, il tourne la poignée, avec une extrême lenteur, soignant son entrée comme un artiste le ferait. Et il se glisse dans la pièce, refermant vivement la porte derrière lui. Puis, il reste là, immobile dans la pénombre, le dos contre la porte, parcourant la pièce du regard tout en bloquant l’unique sortie de ce petit salon confortablement aménagé. Il ressent sa peur. Il ressent sa crainte. Il la ressent comme un prédateur devinerait celle de sa proie. Pourtant, objectivement, il n’est pas son ennemi. Pas plus qu’à un autre Thoron. Elle est simplement un pion sur l’échiquier de sa vie.

Altesse ? Il devine sa silhouette, là, à quelques pas. Sa voix si caractéristique, si rauque s’élève pourtant avec un semblant de douceur, voilée de courtoisie. Altesse. Un titre bien honorifique pour une maîtresse. Venom garde les mains jointes dans son dos, mais incline un bref instant la tête en guise de salut. Il rampera à ses pieds lorsqu’il sera certain qu’elle n’essaiera pas de lui échapper. Bonsoir. Il est l’ombre de la reine. Menaçant. Captivant. Il en joue et un sourire glacial s’insinue sur ses lèvres. N'est-il pas un peu tard pour vagabonder ? Seule qui plus est. Les idées se mêlent, ses pensées s’enchaînent. Avec le plus grand des calmes, il fait germer cette élucubration. Et si. Et si elle était celle qu’il cherchait. Si c’était elle, la clef. Elle qui provoquait la chute du royaume. Elle qui, par un malheureux hasard, en arrivait à assassiner le roi, puis à se laisser mourir de désespoir. Cette folle divagation est encore floue dans son esprit. Mais une voix intérieure lui murmure de faire confiance à son instinct. Sa respiration terriblement silencieuse se change en soupire, lorsqu’il reprend, à mi-voix. Je crois avoir quelque chose qui vous appartient. Et sa main se glisse avec lenteur jusqu’au pommeau de sa dague, là où, bien qu'elle l'ignore, se trouve son mouchoir.



(beaucoup trop long !    ne t'attends pas à une telle quantité à chaque fois)
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MessageSujet: Re: et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur. (venom)   Jeu 12 Mai - 17:29


- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !


w/venom.

La peur. Quelle bien étrange sensation. Elle sent son cœur qui s'affole, les secousses dans sa poitrine qui lui hurlent de s'enfuir, qui lui ordonnent de se cacher, là, sous le lit, ou ici encore, dans la penderie, se planquer pour garder la vie sauve. Satine redevient une enfant. Elle craint ce valdenier comme une petite fille le monstre à trois têtes résidant sous le sommier. Elle voit en ce magicien de pacotille un être mythologique effrayant et face auquel elle se retrouve une bête chétive et craintive. A tel point qu'une favorite se planquerait dans la penderie pour éviter un seul tête à tête avec cette créature somme toute humaine, mais profondément antipathique.  Il lui faut de longues minutes pour se résonner, des minutes qui paraissent des heures. La poignée de la porte bouge, grinçant sous le mouvement d'une main gantée pour la tirer. Une main qui ne craint certes pas de se salir avec le sang d'une telemnar. La reine à ses côtés, qui donc pourrait l'en empêcher ? Le roi lui-même ne saurait tenir tête à sa diabolique épouse. Le roi... Ce gamin capricieux à l'étoffe d'un valet. Satine s'absorbe dans la contemplation de cette poignée qui, tout doucement, laisse pénétrer une ombre malfaisante. Il instaure une mise en scène. Son sadisme ne laisse plus nul doute lorsqu'il offre le temps à sa peur de se transformer en terreur. Il cherche à l'effrayer, la veut sans doute ramper à ses pieds, suppliant pour son salut, pour sa pitié. Peut-être même la violera-t-il avant de mettre fin à ses jours, ne laissant derrière lui qu'un cadavre dénudé au regard mi-clos transpirant la peur, et les supplications demeurées sans réponse au bord de ses lèvres déjà froides. Satine devine bien le tableau qui se dépeindra tout de rouge vêtu dans quelques minutes. Elle le devine devant elle lorsqu'elle voit la porte s'ouvrir, elle entrevoit déjà la main gantée de noire, une petite mèche brune qui s'échappe. Elle se retourne. Dos à la porte, elle trouve un léger réconfort dans la contemplation de la lune, de la nuit calme et sereine, sans une once de vent pour troubler la quiétude des arbres. Elle s'absorbe dans la courbure érotique de cette Lune qui l'observe, elle aussi. Elle sera le témoin de sa mort, et caressera de ses rayons mélancoliques son corps nu et sans vie. Un instant, Satine retrouve ses esprits. Elle sourit à sa stupidité, à sa crainte enfantine, imagine son père la houspiller d'ainsi hurler pour des fantômes invisibles. Mais lorsque la porte s'ouvre définitivement, qu'elle entend un pas régulier, puis la porte se refermer, que le silence replonge à nouveau la pièce dans une nostalgie assassine, ses esprits se reprennent à vagabonder dans les limbes de la peur.

Elle regarde toujours la lune lorsque sa voix rauque et mielleuse résonne dans le silence de la pièce. Elle l'entend se moquer d'elle, comprend l'ironie aux tréfonds de son être lorsqu'il l'appelle altesse. Elle n'a rien d'une altesse, pas plus le titre que l'attitude, pas plus le visage que le corps. Elle n'est qu'une putain du roi, avec l'avantage seulement de posséder sa propre chambre au château. Elle n'est pas plus libre de son temps que de l'usage qu'en fait le roi. Satine ne se ment pas sur son véritable rôle à la cour : à peine plus qu'une fille de chambre, elle a seulement l'avantage de beaux seins et d'une belle frimousse qui plaisent à un souverain inconfortable et inadapté au trône. Peut-être même valait-elle davantage lorsque, issue de la noblesse de Lugan, elle siégeait aux côtés de son père, et entourée des siens. Seulement, l'on ne dit pas non au roi. Désormais, elle n'a plus de noble que le passé : son corps lui-même a été vendu, certes contre bonne fortune, contre beaux honneurs, qui font d'elle l'une des catins les plus connus du continent. Chouette avenir. Chouette position. Satine sourit à nouveau, sourit à l'ironie de son sort, à la situation qui est la sienne, sourit à la lune quand la voix du magicien résonne à nouveau à ses oreilles, sonne comme une menace à peine voilée par les sombres nuages qui s'amassent à l'horizon. Aurais-je quelque chose à craindre qui m'empêcherait de me balader seule à l'heure qu'il me sied, sir valdenier ? Ou quelqu'un, peut-être ? Satine ose enfin se retourner. Lorsqu'elle fait face à cet homme menaçant, il lui semble d'emblée un peu moins à craindre. Un visage adouci par la lumière de la lune, un regard brun à demi fermé, une barbe si bien entretenue qu'elle témoigne d'un goût prononcé pour la bonne tenue de soi, des habits qui confinent à agrandir encore cette impression première, et des mèches brunes qui lui tombent sur le front. Il n'a certes rien d'un monstre. Pourtant, lorsque sa voix retentit à nouveau, lorsque sa main disparaît derrière son grand manteau noir laissant apparaître le pommeau d'une dague certainement affûtée, la peur apparaît de nouveau. Subite et violente, elle fait cogner son cœur de jeune fille au fond de sa poitrine, coupe sa respiration, fait hurler ses yeux d'une terreur indicible et qu'il serait vain d'essayer de hurler. Sa gorge couperait ses mots avant même qu'ils ne puissent dépasser la barrière de ses lèvres sèches.

Un instant, Satine hésite. Hurler, implorer la pitié, se jeter à ses genoux surement, crier pour son pardon, bien qu'elle n'ai à se reprocher que la faute d'avoir obéi au roi. Ou bien, l'autre alternative, celle emplie de noblesse, celle que lui aurait recommandé son père, son frère et ses ailleurs. Celle qui aurait fait d'elle une femme, une vraie femme, une dame de la cour noble et hautaine, fière et caractérielle. Elle opte pour la seconde. Me ferez-vous l'honneur de me dire qui vous envoie, avant de m'amener aux Dieux pour mon dernier jugement ? Satine le toise du regard, mais un énième frémissement de ce manteau, un énième geste de cet homme diabolique lui fait baisser la tête. Elle voudrait pleurer, hurler son désespoir, crier sa colère face à un destin machiavélique qu'elle n'a ni choisi ni souhaité ardemment. Pauvre jouet de la fatalité, pauvre erre perdue dans un monde trop grand et trop sanglant. N'y a-t-il donc rien que vous ne feriez pour la reine ? Assassiner dans le noir une jeune fille innocente, sans même qu'elle n'ai la moindre chance de se défendre. Satine baisse la tête après avoir haussé la voix. Ses cris retentissent dans la pièce, alors qu'elle sait bien que nul n'arrêtera la main gantée de la reine. Tant d'années que cette fille de kendassa veut la voir tomber, tant d'années qu'elle se sait en danger. Satine baisse la tête, et attend le couperet final. Là, dans la mort, peut-être au moins sera-t-elle plus tranquille.

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MessageSujet: Re: et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur. (venom)   Ven 13 Mai - 1:51


sanom


par toi, je changerai l'or en fer et le paradis en enfer.


L’obscurité est brisée, tailladée par la lueur céleste de l’astre de nuit, dont les rayons viennent caresser le dos de la putain du roi. Ils forment autour de son crâne un halo semblable à une couronne argentée. Ils révèlent par là même toute la beauté de la favorite. Seul un homme aveugle, sot ou fou, serait bien incapable de comprendre pourquoi elle en est arrivée là. Même Venom, dont le cœur pourtant semble cadenassé, qui ne sait que jalouser la tendresse et fuir  comme la peste les catins des bourgs, refusant de fréquenter ces animaux malades et chétifs comme lui l’a été, reconnaît sa grâce. Il est de ces hommes qui savent voir la beauté là où d’autres ne voient que les courbes féminines, l’attirance charnelle et la luxure. En cet instant, en ce court instant, le visage froid du roturier devenu noble semble s’adoucir. Elle n’a pas l’éclat d’une reine. Elle n’en n’a ni la prestance, ni la constance, quoiqu’un sang empli de noblesse coule dans ses veines. Une noblesse élevée et dressée comme un chien de chasse à coups de règles et de sermons. Une éducation dont il a été maintes et maintes fois témoin, mais comme il n’en a jamais reçue. Cette remarque, aussi futile soit elle, reste présente dans son esprit. Elle n’est pas une reine. Elle ne lui est donc pas inaccessible. Oh, bien sûr, il n’aurait que faire de son affection : c’est une Thoron. Elle le répugne comme les autres, quoiqu’elle n’y soit pour rien dans ce conflit. Mais il aurait tout intérêt à gagner son amitié, voire peut-être sa confiance. S’en faire une alliée pour, tôt ou tard, pouvoir l’utiliser. D’ailleurs, surpasser cette haine aveugle qu’il ressent malgré lui ne lui semble pas être la plus grande difficulté.

Elle a ce visage d’enfant apeurée. Oh, belle tentative que d’essayer de dissimuler la peur derrière une once de fierté. La pauvre enfant lui ferait presque de la peine. Presque. Lui faire peur. L’effrayer. Machination diabolique, honteuse peut-être, qu’il se serait refusé à faire, il y a quelques années. Venom, qu’est-il arrivé pour que tu deviennes ce serpent vicieux s’insinuant dans le cœur des enfants ? Que s’est-il passé pour que tu ressentes comme un plaisir malsain à la manipuler ? Est-ce la colère et la haine ? Est-ce la peine et le chagrin qui te rendent si mauvais ? Est-ce d’avoir trahi, égorgé, abattu ton courroux de vengeance sur des inconnus tout en brandissant la bannière de la justice comme piètre excuse ? Il crie justice, l’espion de la reine Irèn, il transpire la noblesse de l’âme. Mais ne serait-ce pas pour oublier à quel point la vie lui a fait injure ? Oublier sa condition. Oublier qu’il a été le purin du royaume, un moins que rien. Satine, il ressentirait presque les sursauts de son cœur, les vibrations de ses tremblements, si son propre sang ne lui battait pas autant aux tempes. Est-ce la magie qui l’effraie à ce point ? Ou la menace mortelle qu’il représente, pesante. Qu’elle ne se laisse pas abuser par quelques pincées de poudre aux yeux. Mais qu’elle redoute la main de la reine, la finesse de la lame qui pourrait s’y cacher. Qu’elle redoute l’arme mortelle et menaçante qu’il est devenu.

Le silence de la nuit n’est suspendu que par les quelques mots qu’ils s’échangent. Paroles vides de sens, banales et pour lesquelles pourtant, aucun mot n’est laissé au hasard. On entend dans le ton qu’elle emploie une douce ironie. Elle a peur, petit lapin effrayé prisonnier de son terrier doré. Elle a peur et pourtant, elle ne devrait pas. Pas encore. Pas tant que la reine n’a rien ordonné à son sorcier. Il l’observe et les questions se bousculent dans son esprit, plus nombreuses et plus violentes à chaque secondes. Aurait-elle le cran d’assassiner le roi ? Est-elle, comme d’autres catins, amoureuse du pouvoir ? Il la contemple lorsqu’elle hésite et continue de l’observer lorsqu’elle s’adresse à lui. Son immobilité est parfaite. Sa main posée sur le pommeau de sa dague semble figée en plein mouvement. Seuls ses yeux n’ont de cesse de s’agiter, décryptant le regard de la Telemnar, décryptant le moindre pli sur son visage, la moindre ride d’expression creusée par la crainte ou l’audace sur sa peau de porcelaine. Alors, Venom se montre particulièrement dur avec elle. Particulièrement cruel. Il se tait. Il laisse ses questions en suspens. Aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres fines, aucun son. Rien que le silence revenu après l’explosion de peur et de colère de la favorite. Lorsqu’elle baisse la tête, son regard est irrépressiblement attiré par la lune, ronde, grasse, qui se voile de quelques nuages, comme une parure de soie. Un sourire vaguement amusé s’insinue sur son visage. Il s’avance silencieusement de quelques pas,  s’approchant davantage de la jeune femme, mais restant suffisamment proche de la porte pour lui bloquer le passage, si jamais lui prend l’envie de s’enfuir. Ou, du moins, la dissuader d’essayer.

La lune est particulièrement belle ce soir, ma Dame. M’est avis qu’elle serait fort peinée de savoir votre sang versé. Tout comme le roi. Il se tient droit, la tête haute, la main toujours solidement accrochée à son arme. Sa respiration est sifflante et l’iris de ses yeux rendu gris par la lumière de la nuit. Il est beau, Venom. Il est devenu magnifique, avec les années, à force de recevoir des coups et de les rendre. Splendide dans sa monstruosité et dans la terreur qu’il inspire. Mais il l’ignore, pauvre homme solitaire. Il l’ignore et joue davantage sur son allure que sur son regard brillant dans la pénombre. Les Dieux devront faire preuve de patience, avant d’avoir l’honneur de vous rencontrer, car je ne viens pas vous ôter la vie. Et quand bien même notre Reine solliciterait ce service, croyez bien que j’aurais la présence d’esprit de ne pas le faire entre ces murs. Car qui alors se ferait accuser de ce crime? Pensez-vous sincèrement que sa Majesté m’accorderait sa Grâce? Il a ce regard taquin, celui d’un homme qui joue sur les mots, qui joue avec sa vie. Nul doute que la reine ne le sauverait pas. Peut-être même l’accuserait-elle la première ou influencerait-elle le roi pour qu’il lui fasse trancher la tête. Non. Il lui faudrait être beaucoup plus subtil que ça. Et il n’a pas de temps à perdre en meurtre inutile. Un pantin salit du sang d’une innocente ne serait plus d’utilité. Seulement, Venom a encore un rôle important à jouer dans cette mise en scène funeste qui ne fait que commencer. Je ne suis pas dupe, Altesse et je sauverais ma vie, avant de sauver la vôtre, soyez-en certaine. Voyez cela comme une faveur que je pourrais vous accorder. Maintenant… Ses doigts se glissent derrière l’arme et saisissent avec toute la délicatesse du monde le mouchoir de la favorite. Il l’observe un instant, soigneusement plié, avant de relever le regard vers cette dernière. Peut-être souhaitez-vous récupérer votre bien ? Et il tend l’objet si léger vers Satine, ses yeux sombres plongés dans ceux, océans, de la demoiselle, l’invitant silencieusement à venir le rejoindre, à franchir les quelques pas qui les séparent encore pour récupérer ce tissu brodé. Invitation mortelle, courtoise, comme un défi lancé pour apprécier son courage.

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MessageSujet: Re: et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur. (venom)   Lun 16 Mai - 23:29


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Du sang que nous perdons croît et se fortifie !


w/venom.

Son cœur s'apaise quelque peu, à mesure qu'elle entend la voix mielleuse de ce magicien résonner d'un son grave dans le silence de la pièce. Il emplit tout l'espace, lui, cet homme mystérieux aux allures sinistres, cet être magique, pourfendeur des petits cœurs fragiles. Il emplit l'obscurité de son aura. Les battements dans sa poitrine s'amenuisent peu à peu, lorsqu'elle comprend qu'il n'est pas venu ici, ce soir, pour mettre fin à ses jours. Elle se calme, délicatement. Les papillons de sa peur se posent sur son apparente sérénité et cessent leurs battements d'ailes. Il est fini le temps de la terreur enfantine. Pourtant, l'angoisse demeure. Comment pourrait-elle espérer la tranquillité d'esprit alors qu'elle se trouve précisément devant l'un des fantômes de la reine ? Non. Ses yeux, fixement, s'arrêtent sur ce visage ombragé, elle écoute attentivement chaque mot, chaque son, guttural, qui s'échappe de cette bouche galamment dessinée. Elle ne croit que modérément ce qu'elle entend, alors qu'il tente de rassurer une gamine apeurée. Même dans cette pauvre tentative, il instaure bel et bien entre eux un jeu de chasse à proie, et attise en elle le feu de la crainte. Oui, voilà qui semble bien l'amuser. Sur son visage à elle se dessine l'ombre d'un sourire lorsqu'il mentionne la reine et ses intentions, tout comme les représailles certaines du roi. Certes, il lui accorderait sans doute la vengeance. Oui, il mettrait tout en oeuvre pour retrouver l'assassin de sa favorite protégée. Mais la justice ne la ramènerait pas au monde des vivants ; elle ne ferait que lui confronter son assassin dans le monde des morts. Bien triste ironie du sort.

Lorsqu'il lui tend le mouchoir sans doute égaré quelques minutes auparavant, lors de sa fuite éperdue, le sourire fait une nouvelle apparition sur son visage bouleversé. Si ses yeux crient encore la crainte, hurlent la peur et débordent d'angoisse, ce sourire délicat fendille son visage d'une aura enfantine. Reviennent à elle les souvenirs liés à ce mouchoir. La main attendrie qui lui en fait don, les yeux amoureux qui admirent son bonheur capricieux, le sourire d'un roi aux combles de la joie. Aux souvenirs d'un roi protecteur qu'elle aime comme un frère s’adjoignent malicieusement ceux du prince qu'elle aime comme un homme. Et son sourire s'agrandit. Si Valdenier craint les représailles du roi, il n'a pas idée de celles qui s'abattraient sur lui par la main d'un autre. Tout naturellement lorsqu'on se sent protégée, l'angoisse, elle aussi, quitte le cocon de son cœur et la nuit redevient paisible. Lorsqu'elle s'avance pour récupérer ce qui lui appartient, lorsque débarrassée du masque de la victime apeurée elle discerne davantage les traits de son ravisseur, elle ne voit plus en lui rien d'un fantôme imprévisible et magique. Il n'est plus que l'ombre d'un homme inconnu, fait de chair et de sang, sans autre pouvoir que celui -lamentable- d'instiller la crainte sur autrui. J'imagine que la bienséance veut que je vous remercie. L'ironie teinte sa voix d'une sonorité amusée. Elle parvient à soutenir son regard. De quoi, au juste, la remercie-t-elle ? D'épargner sa vie ? De bien vouloir lui faire la grâce de ne pas tâcher le sol impeccable de son sang impur et sombre ? De laisser à ses yeux la chance d'admirer encore le soleil ? Non, simplement de lui rendre ce mouchoir, offrande royale qu'elle conserve comme une relique. Elle ignore le reste de ses propos, bien que chacun de ses mots soient à jamais gravés dans sa mémoire. Désormais, elle n'aurait plus de repos serein, maintenant que la potentialité de sa mise à mort avait fait si clairement l'objet d'une conversation nocturne. Elle en était persuadée, dans son for intérieur, comme une enfant est persuadée de la présence des monstres sous son lit. Mais maintenant, la raison elle-même acquiesçait à cette folie. Oui, elle était menacée. Cela ne faisait plus aucun doute. La peur la reprendrait plus tard.

Pour l'heure, ses yeux fixent toujours ardemment les prunelles grises de l'homme qui lui fait face. La porte, derrière lui, demeure hors d'atteinte, et il semble se faire une joie ardente de la maintenir close. Prisonnière d'une chambre inconnue et déserte au beau milieu de la nuit : elle se souviendrait longtemps de cette entrevue et du regard énigmatique de venom. Elle s'imagine un instant le croiser dans les couloirs le lendemain, se questionne sur la bonne attitude à observer, puis elle se dit qu'elle aurait tout le temps pour s'interroger plus tard. En attendant, sa voix résonne à nouveau dans la pièce, brisant le silence glacial qui s'impose entre eux comme une brise d'hiver implacable. Puisque vous n'avez pas prévu de répandre mon sang ce soir, peut-être pourrions-nous poursuivre cette charmante conversation en dehors de cette pièce. Je suis vraiment passionnée dès lors qu'on mentionne ma mort prochaine, vous n'imaginez pas comme je me fais une joie d'entrer dans les détails.  A nouveau, l'ironie bouleverse la douceur habituelle de sa voix. Mais puisqu'il ne semble pas daigner la rendre à sa solitude nocturne, à son tête à tête sensuel avec la lune, autant l'inviter à la suivre encore comme le ferait un chien... mais ailleurs. Au moins, la brise du vent pourrait-elle calmer les quelques torpeurs qui s'emparent encore par moment de son corps. A défaut, elle aurait davantage de chances de s'enfuir. La porte m'étant mise hors de portée par vos soins, vous seul êtes libre de l'ouvrir. Lui rappeler, sans colère, qu'il est en train de faire de la favorite du roi sa prisonnière.

_________________

du satin, dans tes mains

Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,
Éperonnant encor ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?

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MessageSujet: Re: et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur. (venom)   Mer 18 Mai - 12:44


sanom


par toi, je changerai l'or en fer et le paradis en enfer.


Lorsqu’un discret sourire éclaire les lèvres pulpeuses de la favorite, Venom remarque à quel point l’expression naturelle de la femme-enfant est ironique. Elle a ce petit rictus en coin, cette bouche un peu pincée, qui fait ressortir toute la malice de son visage. Plus que cela, ce trait particulier brise son côté poupin et donne à son profil un air presque hautain. Dès que la petite fille apeurée disparait, il n’y a plus devant lui qu’une femme à l’apparence déterminée et qui semble plus solide que la pierre constituant la forteresse de Merilyan. Une information qu’il met de côté, qu’il note consciencieusement dans le labyrinthe de son esprit. Elle dégage une aura si puissante que leur face à face se change doucement en duel. En jeu. Il se sait être le chasseur et sa condition de proie parait inévitable, ne serait-ce que du fait de leur situation respective. Cependant, s’il est la goule solitaire, nul doute qu’il devra se confronter à une louve protégée par une meute entière. Une meute répondant aux ordres de leur roi, un homme qui jalouse tant ceux qui s’approchent de sa chère catin. Il n’y a qu’à voir son doux sourire lorsqu’il lui rend son précieux mouchoir. Ne serait-elle pas éprise du roi, elle qui ne peut être approchée par quelconque prétendant ? D’ailleurs, ne risque-t-il pas de voir sa tête tomber, par sa seule présence dans cette pièce avec celle qui est devenue en peu de temps l’objet de toutes les convoitises et de toutes les attentions ? C’est une question délicate qui s’est déjà imposée à son esprit. Venom est sur la corde lisse tendue entre les flancs de deux imposantes montagnes. Il est ce funambule habile qui manœuvre pour exécuter quelques pirouettes sans perdre l’équilibre. Un funambule qui tranche peu à peu le fil sur lequel il est et qui n’aura, tôt ou tard, pas d’autre choix que celui de tomber, irrémédiablement.

Je vous en prie. Remerciez les Dieux. Sans ce coup du destin, nous ne nous serions jamais adressé la parole. Il a ce sourire poli, courtois, de façade, en écho à celui presque ironique de son interlocutrice. Il est évident qu’il aurait trouvé un autre moyen de l’approcher. Cette nuit-là, l’occasion a simplement été trop belle. La nuit confère par ailleurs à cette étrange situation une atmosphère de rêve. Demain, ils agiront tout à fait naturellement, vacants à leurs occupations comme si rien de tout cela ne s’était passé. Peut-être se salueront-ils d’un vague signe de tête. Peut-être s’ignoreront-ils totalement. Quoiqu’il en soit, la Reine remarquera l’intérêt que Valdenier laissera transparaitre pour Satine et, de fait, il devra lui glisser à l’oreille cette curieuse machination. Cette idée, cet acte spontané. Elle l’approuvera bien sûr, elle finira forcément par l’approuver. Le cheminement des pensées de la Reine est jusque-là très clair et tout tracé. Le doute commence à s’ancrer passer ces premières étapes. Mais le Heledir n’est pas devin et de toute façon, ses pions ne sont pas encore suffisamment avancés sur l’échiquier.

Son regard fait un va et vient entre les deux pupilles de la jeune femme tandis qu’elle soutient enfin ses yeux sombres. Il se plonge dans son regard océan, essayant de décrypter ses moindres pensées. Craint-elle davantage pour sa vie désormais ? Est-elle réellement une menace pour une Reine ? Que cache-t-elle ? Les ragots à la cour vont bon train, principalement dès qu’il s’agit de la couronne. Les serviteurs et les valets ne savent tenir leur langue et circulent bon nombre d’informations. Que la favorite repousserait les avances de prétendants. Que la Reine ne serait pas en mesure de donner au roi un enfant. Bien sûr l’espion n’est pas stupide. S’il prend note de ces rumeurs, jamais il ne les écoute aveuglément. C’est peut-être l’une des raisons de sa présence en ce lieu. Un rictus amusé prend place au coin de ses lèvres lorsqu’elle reprend parole. Audacieuse demoiselle.

Je me ferais une joie de vous tenir compagnie, si bien sûr vous me le permettez. Sottises. Balivernes. Il est évident, à la crainte que l’on peut lire dans son regard, à son ton ironique et à l’air presque dégoûté que prend malgré elle son visage, qu’elle n’a aucune envie de se faire escorter par sa modeste personne. Peut-être trouverons-nous quelques sujets de conversation intéressants, sans doute plus guillerets que celui de votre mort. Il incline légèrement sa tête de côté et son regard entendu semble hurler au monde entier un prénom. Une personne. Elenna. Elenna Thoron. Venom n’a pas peur de jouer sur tous les tableaux. Il est davantage effrayé par sa nature profonde : il n’est pas foncièrement mauvais. Au contraire, il s’est toujours montré altruiste et plutôt attentionné. Et c’est exactement ces traits qui lui font peur. Car qu’adviendrait-il de sa mission s’il en venait à s’attacher à cette étrange vie. Que se passerait-il s’il en venait à trahir sa Reine ? Le visage d’Irèn s’impose à son esprit et ses doutes se dissipent. Jamais il ne trahirait son royaume. Il en est persuadé.

Alors, il s’écarte, doucement, lentement, puis présente sa nuque à la favorite, le temps de faire les quelques pas qui le séparent de la porte. Il sait qu’elle ne tentera pas de l’assommer pour s’enfuir. Elle n’en aurait aucun intérêt, quand bien même la bienséance le lui permettrait. Il pose sa main sur la poignée de la porte et l’ouvre silencieusement, avant de s’effacer sur le côté pour laisser la jeune femme franchir le pas avant lui, un signe de tête respectueux en guise de salut. Simple marque de politesse ; les dames d’abord, comme il est de coutume. Dès qu’elle a mis un pied dehors, Venom se glisse hors de la pièce et referme cette étrange chambre derrière lui, avant de faire volte-face pour affronter une nouvelle fois le regard de Satine. Je me dirigeais vers la volière lorsque je vous ai aperçue. Que diriez-vous de m’y accompagner ? Il s’écarte d’elle, afin de prendre une distance respectueuse. Dans d’autres circonstances, il lui aurait tendu son bras. Mais elle est la favorite du roi. Sa voix rauque s’élève une nouvelle fois, lorsqu’il ajoute, comme pour lui-même. L’air frais me ferait le plus grand bien. Il la regarde du coin de l’œil, le visage sérieux, mais le regard brillant. Question implicite. La fraicheur de la nuit calmerait les terreurs de son interlocutrice. Il attend d’ailleurs son approbation pour se mettre en route, mains jointes dans son dos, massant son poignet droit avec lenteur.

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MessageSujet: Re: et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur. (venom)   Sam 28 Mai - 19:45

Citation :
C'est nul, c'est court, c'est affreux, j'suis désolée...
Je me rattraperais.  


- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !


w/venom.

Satine ne le lâche plus des yeux. En lui, elle ne lit plus que l'assurance meurtrière d'une main gantée de noir. Elle lit aussi, désormais, la courtoisie affichée face à l'ironie glaciale de ses propos. Elle voit en ce regard sombre un homme plein d'humour, plein de confiance, plein de secrets. En lui s'épaissit le mystère, un petit quelque chose qui ne déplaît pas à la jeune femme. S'il l'effraie toujours, il l'intrigue maintenant. Sa curiosité lui joue souvent de mauvais tours : chatte intriguée, elle se surprend à aimer sa réponse, à s'embraser de ce ton laconique et joueur, à s'amuser de sa stupéfiante répartie. Elle le regarde toujours, mais en elle la frayeur a laissé place à l'intérêt.

Sa voix, masculine et pourtant si douce à l'oreille, retentit à nouveau dans le silence de la pièce. A sa menace, il répond par l'humour. Un sourire creuse sa joue d'une délicieuse fossette lorsqu'il lui propose sa compagnie : offre peu alléchante compte tenu de la portée de leurs propos. Pourtant, Satine se surprend à acquiescer, poussée par le feu mystérieux de la curiosité. La perspective de quelques longues minutes en sa compagnie ne la terrifie plus désormais. De minces frissons parsèment sa peau lorsqu'elle traverse la pièce, lorsqu'elle frôle le long manteau noir effrayant du magicien, lorsqu'elle flirte consciemment avec un danger affiché. En elle, les émois se mélangent, les sentiments divergent, et son cœur se parsème d'une peur intriguée. Si elle sait qu'elle devrait regagner sa chambre au plus vite pour se clôturer dans la sécurité de son cocon, une petite voix insinue dans son esprit que connaître son ennemi est le meilleur moyen de s'assurer la vie sauve. Et cet homme, il ne fait nul doute qu'il est son ennemi, quoi qu'en dise ses sourires et ses mielleries. Si elle passe à côté de lui, qu'elle quitte la noirceur de cette chambre inconnue pour rejoindre les couloirs marbrés du château, ce n'est ni par prudence, ni pour s'échapper. La curiosité la maintient près de lui aussi sûrement que le ferait une dague sous son cou.

La volière. Pièce de tous les mystères. Endroit clos où se bousculent les battements d'ailes, les éclats du vent, les piaillements crieurs des oiseaux et leurs couleurs. Satine passe des heures à la volière, lorsqu'elle persiste à se sentir prisonnière. Une part d'elle, peut-être, se reconnaît en ses oiseaux privés de leurs ailes. Une part d'elle pouvait s'envoler. A cette proposition, elle acquiesce à nouveau, sans mot dire. Le silence se fond entre eux, rempli les vides et les manques, leur laisse tout loisir de fouiller leurs pensées les plus profondes. Puis, sans prévenir, la voix douce et suave de Satine résonne à nouveau dans le calme de la nuit. Pourquoi avoir choisi la reine ? Est-ce l'ambition ou l'avarice ? Elle ne se tourne pas vers lui, ne lui accorde pas un regard. Seule sa voix confirme leur présence, à tous deux, dans cet espèce d'autre temps, d'autre monde, d'autre lieu. La lune éclaire leur deux visages quand le hululement d'une chouette se fait entendre : tout sonne ici bas comme une illusion. Si les aigles sont de puissants oiseaux, ils n'en sont pas moins cruels. Pourquoi donc préférer cette cruauté à la douceur d'un héron ? Cette fois, Satine tourne son visage vers lui. Les reflets des étoiles font briller ses yeux d'une étrange mélancolie, quand la curiosité dévore peu à peu la raison qu'il lui reste. Elle finira par se brûler les ailes.

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du satin, dans tes mains

Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,
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Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?

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et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur. (venom)

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